HomeContact
Presse
  A Strasbourg, un «Samu» ausculte la nature en urgence 02/06/2004


Strasbourg, de notre correspondant.


C'est un Samu dont le taux d'activité est faible : pas plus d'une dizaine d'interventions pour 120 appels depuis son inauguration en juin 2003. Mais c'est une structure unique en France. A Strasbourg (Bas-Rhin), la société privée AD Scientifique a mis sur pied un «Samu de l'environnement». Pouvant se déplacer à tout moment, dans un rayon de 100 kilomètres autour de la ville de Strasbourg, sur les lieux d'un accident industriel ou environnemental, une camionnette blanche transformée en laboratoire mobile est capable d'analyser 140 paramètres dans l'eau, l'air ou le sol. Sa mission : détecter et identifier les substances toxiques, les mesurer et communiquer à ses clients ou aux services de secours la marche à suivre pour contrer sans risques leur propagation.


L'idée de ce nouveau service a germé au milieu des années 90, explique le docteur Fariborz Livardjani, toxicologue et enseignant vacataire à l'hôpital civil de Strasbourg. A partir de 1999, ce médecin de 43 ans se rend régulièrement au Kosovo pour des missions humanitaires. C'est pour lui l'occasion de tester la validité du concept grâce à l'aide financière du Comité international de la Croix-Rouge, qui équipe une camionnette d'instruments de mesure essentiellement destinés à vérifier la qualité de l'eau des réseaux de distribution kosovars. «Il était beaucoup plus simple d'agir sur place plutôt que de faire sans cesse des allers-retours entre les lieux de prélèvement et l'hôpital où les échantillons devaient être analysés», raconte le docteur Livardjani. Sur le terrain, la camionnette fait ses preuves. Elle est désormais aux mains de l'Institut national de la santé publique, chargé du contrôle de la qualité de l'eau au Kosovo.


De retour en France, Fariborz Livardjani et d'autres médecins strasbourgeois tentent d'obtenir des financements publics pour créer une structure similaire. Sans succès : «Les gens ont tous applaudi, mais les fonds sont restés bloqués.» Une équipe de neuf spécialistes, dont trois toxicologues, opte alors pour la solution d'une société privée. Ils reçoivent l'appui de l'entreprise alsacienne Zeicol, spécialisée dans le retraitement des déchets pharmaceutiques, qui investit plus de 100 000 euros dans le projet, dont 30 000 euros pour la seule camionnette. Doté d'un panneau solaire sur le toit qui assure partiellement l'alimentation des instruments, la camionnette dispose des mêmes outils qu'un laboratoire perfectionné : détecteurs de gaz, sondes de prélèvement d'air, réfrigérateur, incubateur, agitateur magnétique, réservoir d'eau distillée, hotte aspirante pour se protéger des émanations... Quatre bases de données sur les produits toxiques sont également accessibles sur l'ordinateur de bord et permettent au toxicologue embarqué et au technicien de laboratoire qui l'accompagne de formuler immédiatement des recommandations sur la conduite à tenir en cas de pollution. Le «Samu» peut également communiquer avec le centre antipoison de Strasbourg, qui l'héberge, et avec lequel la société AD Scientifique est liée par une convention de recherche sur l'exposition chronique aux polluants. D'ici à la fin de l'année, AD Scientifique et Zeicol devraient fusionner. Selon Francine Zeil, la directrice de Zeicol, 100 000 euros au moins pourraient à nouveau être déboursés pour doter le «Samu de l'environnement» d'un spectromètre de masse qui doublerait ses capacités d'analyse.


Le «Samu» a passé sa première année à se faire connaître des sapeurs-pompiers et des services de l'Etat avec lesquels il est amené à collaborer sur le terrain. Des contacts trop ponctuels pour que ces derniers puissent encore tirer des conclusions sur les vertus de l'expérience. Ses clients sont essentiellement des industriels, des collectivités territoriales ou des médecins. Le «Samu de l'environnement» a, par exemple, été appelé pour des déversements accidentels de mercure et de solvant dans deux entreprises dont l'anonymat a été gardé. Car, sauf cas exceptionnel relevant de la santé publique, ses interventions restent en effet confidentielles. «Le but n'est pas de dénoncer des dysfonctionnements, mais d'apporter des solutions», explique Fariborz Livardjani. Le service, qui a étendu son activité au champ de la prévention, facture ses interventions 500 euros aux clients. «C'est le prix de l'essence et de l'assurance», assure le toxicologue qui espère que l'exemple strasbourgeois fera tâche d'huile : «Chaque jour est une nouvelle expérience. Il faut développer des protocoles spécifiques et être performant rapidement. Cela coûte cher. Mais ce qu'on veut avant tout, c'est démontrer notre efficacité. Et jusqu'à présent, on ne s'est pas plantés.» Lire la suite




Retour à la  Presse
Entrez votre adresse email pour vous inscrire à notre lettre d'information :