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Presse
  Le Samu vert dans le brouillard 16/07/2009

Le Samu environnement, unique en France, traque les causes de pollution depuis six ans. Aujourd’hui, il cherche des financements

L'idée lui est venue en rédigeant sa thèse en 1995. Fariborz Livardjani, alors étudiant en toxicologie à Strasbourg, veut créer un service capable de se rendre en urgence sur les lieux d'une pollution pour établir un diagnostic de l'air, du sol ou de l'eau.

Le projet se concrétise en 2000, lors d'une mission humanitaire au Kosovo. La Croix-Rouge équipe alors une camionnette qui devient un laboratoire roulant. A son bord, Fariborz Livardjani contrôle la qualité de l'eau distribuée dans les réseaux d'eau potable pour éviter des phénomènes de contamination massive des populations civiles après guerre. « Il fallait ensuite voir s’il était possible d’instaurer ce service hors du contexte de guerre », explique Fariborz Livardjani, aujourd'hui toxicologue à l'hôpital civil, où est basé le Samu de l’environnement.



En alerte 24 heures sur 24



La structure est créée en 2003 grâce à la société privée strasbourgeoise AD Scientifique qui travaille sur la prévention des risques liés au travail.

Elle finance une nouvelle camionnette et le matériel nécessaire au fonctionnement de la structure.

Entreprises craignant des contaminations ou particuliers inquiets d'une odeur anormale : en six ans, le Samu de l'environnement a enregistré 700 appels qui ont donné lieu à 250 interventions.

Ils transitent par le centre antipoison qui les redirige vers le Samu, prêt à intervenir 24 heures sur 24. Quand l'aval est donné par Fariborz Livardjani, une équipe de deux personnes – sur les 40 bénévoles que compte l’association – se rend sur place pour procéder aux prélèvements.

Ces interventions sont onéreuses, d'abord à cause du matériel utilisé. « Le moindre tube à essai coûte 100 euros », explique le Fariborz Livardjani. Sans parler des frais d'essence, car le Samu se déplace dans un rayon de 100 km autour de Strasbourg.

A ses débuts, chaque déplacement était facturé 500 euros. Depuis sa constitution en association d'intérêt général en avril 2008, le Samu de l'environnement ne facture plus ses interventions.

Le problème des financements se pose donc plus que jamais. « Nous nous sommes constitués en association pour que les collectivités territoriales s'impliquent, explique le toxicologue, mais nous attendons encore. » Seule la Région s'est engagée à verser une subvention de 5000 euros.

« Nous vivons encore sur l'argent fourni par AD Scientifique. Il faut réfléchir à ce qui se passera après. Aujourd'hui, on ne sait pas où on va et aucun de nous n’a le profil d’un chef d’entreprise », ajoute Fariborz Livardjani.



Avec les gardes-pêche



Pour le moment, l'association est soutenue par des partenaires très divers : laboratoires scientifiques, Jardins de la Montagne Verte, Electricité de Strasbourg...

Le principal est la Fédération de Pêche d'Alsace qui lui a versé 5000 euros cette année. Le Samu a formé des gardes-pêche assermentés : ils utilisent des valisette pour contrôler la qualité des cours d'eau et évaluer rapidement la dangerosité d'une pollution.

Autre partenaire important : Alsace Santé au Travail, dont les médecins sont formés à repérer des cas d'intoxications collectives au sein des entreprises et à faire de la prévention dans divers corps de métier.

Le Samu estime avoir fait ses preuves. En témoignent les services de gendarmerie et les pompiers qui font occasionnellement appel à son savoir-faire. « Nous n'avons pas de statut officiel, explique Fariborz Livardjani. Notre seule légitimité, c'est notre compétence. »


Une unité à Lille



Un soir de novembre 2008, à 23 heures, les gendarmes formateurs relais enquêteurs environnement (FREE) ont sollicité le Samu après la découverte d'une nappe de liquide blanc suspecte dans le port autonome. « Le Samu est arrivé une demi-heure après notre appel », témoigne un gendarme FREE. Les analyses ont établi que la pollution n'était pas dangereuse et que le port pouvait être rouvert.

En trois jours, l'entreprise en cause a été identifiée ; elle a été condamnée par la justice. La gendarmerie se dit « pleinement satisfaite » de cette première collaboration.

Malgré ses difficultés, le Samu de l'environnement suscite l'intérêt. Une unité devrait bientôt voir le jour à Lille.


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Ariane Kujawski

Elise Thibaut


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